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Retour sur l’investissement du nouveau lieu


dimanche 11 mars 2018

RECIT : On les a eu à l’usure, ou la bataille de la fenêtre.

Mercredi 7 mars.

Un refuge a été trouvé en plus des hébergements solidaires. L’endroit, autogéré mais pas adapté, aura permis de rester soudé·e·s et d’évacuer un peu du stress de l’expulsion. La soirée s’étire, il faut penser à la suite et trouver le sommeil n’est pas facile.

Jeudi 8 mars.

9h00. Après une courte nuit, tout le monde s’active dans la grande salle commune à empiler dans un coin de la pièce les matelas. En cuisine, le bazar ambiant laisse éclater des rires desquels jaillit parfois le stress qui monte en pensant à la suite de la journée. Des personnes solidaires viennent déposer des cartons de nourritures. Sur la table, deux PC connectés à « Université de Nantes en Lutte » ont trouvé leurs places au milieu des tasses de cafés et d’une marmite de yaourts maisons. On fait un dernier point sur le timing prévu et le rôle de chacun. Annoncer sur internet notre quatrième occupation, prévenir la presse, lancer la chaîne de sms pour inviter les soutiens, sécuriser le bâtiment, répondre aux appels, gérer le transport du matériel… Le tout dans un joyeux mélange d’euphorie et d’inquiétude, d’incertitude et d’excitation. Des personnes commencent à partir pour les bains douches ou france terre d’asile quand quelqu’un·e intervient : « Attendez ! Wait ! Aujourd’hui on emménage. Today we move to the new place ». Alors, plutôt que de quitter le refuge, iels viennent enrichir une longue queue devant l’unique lavabo pour se laver les dents. Certain·e·s doutent, d’autres s’enthousiasment.

10h30. Le départ se fait, les poches vides, sans matériel : nous n’emmenons rien d’autre que notre rage et nos espoirs. La stratégie prévue – bien différente encore de celles utilisées précédemment – se déroule parfaitement. En investissant le lieu, l’impression d’être revenus aux Beaux Arts : on court émerveillé·e·s dans les couloirs, une multitude de portes s’ouvrent et la joie éclate. Fini d’être entassé·e·s dans des dortoirs, les chambres sont assez nombreuses pour oublier la promiscuité.

11h30. L’occupation est rendue publique et l’appel à soutien tourne. Tandis que dedans on se réunit autour d’un thermos de café, de pain et de confiture, dehors les matelas commencent à arriver. Une première réunion se tient dans le hall.

12h00. Alors que l’on aborde deux questions essentielles (mais si les flics arrivent, comment on barricade ? On passe par où s’il s’avère nécessaire de s’échapper ?) un camion de la Compagnie Départementale d’Intervention arrive. Dehors quelques personnes, peu inquiètes, prennent leur temps pour rentrer et comprendront trop tard les intentions de ce petit comité hostile. Tandis qu’un camarade tente de retourner dans le bâtiment par l’unique fenêtre, trois flics se jettent sur lui et le tire violemment en arrière. Dedans, les personnes se précipitent pour fermer l’ouverture non sans difficultés. D’autres camions de la CDI débarquent, suivis d’une quinzaine de véhicules estampillés CRS. On refait un tour des lieux, le sous sol, l’aile sud, l’aile nord : tout est inspecté, les équipes se répartissent.

DEHORS. Les soutiens arrivent. Des syndicalistes, un élu, des personnes solidaires, des assos… tout le monde s’indigne.

DEDANS
. On monte aux fenêtres pour se chamailler avec les forces du désordre. Un premier chant est entonné « être flic c’est le métier le plus infâme qui est, quand il porte son uniforme c’est un coq, mais dans la vie on sait ce qu’il est : une grosse merde ! ».

DEHORS
. Les soutiens sont repoussés à coups de matraques, de boucliers et de pieds (plus discret). Frustration pour certain·e·s d’être dehors, alors qu’il aurait été possible d’être dedans.

DEDANS. La peur au ventre, la tension monte. On nous isole, vont ils en profiter pour nous expulser violemment ? Il faut retrouver du courage, maintenant. Alors on occupe les différentes fenêtres et reprenons, dedans, les mêmes chants que dehors. « Ils » nous visent au LBD.
« Du caoutchoux ? Mais chez nous, on tir à balles réelles ! Moi j’ai peur que d’un truc, la kalashnikov ».On explique à certain·e·s la dangerosité de l’arme : elle tue et elle crève les yeux.

DEHORS. Les négociations sont en cours avec la mairie, le propriétaire du lieu étant Nantes Métropole Habitat. En voyant la CDI galérer à ouvrir la fenêtre, le constat est simple :
« Vous êtes vraiment des branquignolles, nous on a mis 15 secondes à rentrer ! »
« Hey, la mairie elle veut pas d’expulsion ! ».

DEDANS
. Un jeune interpelle un flic depuis une fenêtre au premier étage.

  • Vincent ! Vous êtes venus pour nous dégager ?
  • On m’a donner l’ordre de venir, c’est pas de ma faute. Comment tu connais mon nom ?
  • Ah, c’est pas le capitaine qui l’a dit ?
  • T’inquiètes pas, ça va bien se passer.
  • Non : y’a pas de confiance entre nous.
    DEHORS. Une voisine vigilante balance un passage par la cour intérieure aux keufs, oubliant que leur équipement les empêchent d’escalader le mur.

DEDANS. Tout le monde y va de son mot à la fenêtre.

  • En Espagne et en Italie, les migrants passent pas la nuit dehors, pourquoi c’est ça ici ? D’ici fin décembre 2017, le président il a dit personne dehors et on est toujours pas logés. On va pas se laisser faire maintenant !
  • C’est moi le deuxième Macron ! En France, y’a des chinois, des japonais, des soudanais, des espagnols, la France, elle est multicolore !

DEHORS. Pour soutenir les occupant·e·s entassés aux fenêtres, on lance de quoi se ravitailler par dessus la ligne de CRS.

DEDANS. Une affiche est trouvée, indiquant « Ne pas ouvrir la fenêtre ». Brandie à la fenêtre, à destination des soldats de la préfecture, la foule éclate de rire. On s’empresse de descendre au rez de chaussée afin de la partager. Stupeur en découvrant la scène.

Quinzes personnes ont transformé leurs corps en barricade, ils s’écrasent les uns sur les autres. La lutte dure depuis un bon moment. Il fait chaud, on manque d’air. Une bouteille d’eau circule de mains en mains. Un premier pied de biche trouve une brèche, aussitôt repoussé par un coup de chaussure. On se relaie, on tient mais cette fois, ce sont deux pieds de biches qui toujours plus pénètrent à travers la petite ouverture. De l’autre côté de la vitre, la CDI rigole, nous menace avec la gazeuse à main. On s’encourage. On calfeutre la fenêtre avec des écharpes. L’agression au gaz redoutée finit par arriver. Et soudain, les hommes en bleu s’éloignent. Est ce la relève qui arrive ? Ont ils trouvé une autre entrée ?

DEHORS. Cris de joie en voyant CRS et CDI se replier. La belle, la merveilleuse info commence à tourner.

DEDANS. Cris de joie en entendant ces mots venus de dehors « La mairie s’engage à nous laisser le bâtiment jusqu’au 31 mars ».

PARTOUT - 14h30. On rentre dedans, on sort dehors. On s’embrasse, on se saute dans les bras, on chante, on danse, on s’aime. La lutte paie. La lutte est une fête !

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