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Récit de la manifestation contre toutes les explusions


lundi 2 avril 2018

Samedi 31 Mars

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9 Rue Maurice Sibille.

Tôt le matin, les habitant.e.s de l’EHPAD et leurs soutiens, le CRAN, les habitant.e.s de la ZAD et les forces militantes nantaises se retrouvent pour organiser les derniers préparatifs en amont de la manifestation. On se demande comment amener le matériel jusqu’à Commerce et permettre le déploiement du geste commun prévu à la fin du parcours. Tensions apparentes : on craint que les flics nous confisquent nos banderoles, pancartes, affiches sérigraphiées, pieds de biches multicolores en carton. C’est le fruit de trois jours d’atelier collectif de création qui risquent de disparaître... Comment peut-on acheminer le pied de biche géant de plusieurs mètres de long sans attirer l’attention de la Police ?

11h15 : On commence à faire le tour du batiment, on se motive pour partir ensemble en manif.

11h45 : On se connait, on sait s’organiser : le départ groupé se fait dans la simplicité. C’est plus d’une centaine de personnes qui partent ensemble de l’ancien EHPAD. Le trajet se passe sans encombre. L’énorme pied de biche sera bien de la partie.

12h00-14h00 : On installe les deux cantines (celle du réseau de ravitaillement et celle de la cantine de la ZAD). On fait la queue pour manger pendant qu’une chorale chante des chants révolutionnaires. Les gens se restaurent, les jeunes poussent le son de la sono et dansent. L’ambiance est bon enfant. Une demi-heure avant le départ, des prises de paroles ont lieu par les diverses composantes de l’assemblé du 31 Mars.

14h30 : C’est plus de 2000 personnes qui convergent dans cortège un diversifié : exilé.e.s, habitant.e.s de la ZAD, autonomes, jeunes précaires, étudiant.e.s, militant.e.s d’associations, syndicalistes, soutiens. Cette effervescence colorée est évidemment noircie par la surveillance d’un énorme dispositif policier ridicule, avec une préfecture fière d’annoncer dans les médias que ce sont plus de 500 keufs qui sont déployés dans la ville. L’objectif est clair : la marche contre toutes les expulsions sera une nouvelle fois cantonnée aux traditionnels boulevards empruntés par les dernières manifestations nantaises. Malgré la surreprésentation policière, l’énergie collective est bien là : des chants contre les expulsions sont entonnés, des affiches préparées la veille sont collées, quelques graffitis recouvrent les murs ternes de la cité ligeriènne. Très vite la manifestation va se tendre, la BAC fait son apparition et des lignes de Gendarmes Mobiles vont rapidement venir au contact de la tête de cortège et répandre un climat anxiogène. En réaction, des slogans anti-flics fusent. On crie des "Tout le monde déteste la police", "Police milice ! Flicaille racaille !", "Non aux expulsions, non aux expulsions ! Nique la police, nique la police ! Sauve les maisons, sauve les maisons" en remontant la ligne 1 vers duchesse Anne et en longeant le cours Saint-Pierre.

On assiste aussi à des scènes surréalistes d’exilé.es s’interposant avec des instruments entre manifestant.es et gendarmes pour éviter l’affrontement. La musique adoucit un peu les coeurs. Mais à la préfecture, c’est la provocation de trop. Les CRS postés sur le balcon attaquent le cortège à coup de lance à eau et de gaz lacrimogène. En réponse, quelques projectiles sont jetés par les manifestant.e.s. En bas, on invective les lignes de condés qui encadrent la manif. On se moque aussi du lanceur d’eau : un exilé bien arrosé en profite pour faire mine de prendre une douche, et un autre lui pose une maison en carton sur la tête. Uni.es, on leur demande de se casser et de nous laisser tranquille, sans succès. Cours des cinquantes otages, nouvelle provocation ! Les bleus tentent d’interpeller un.e manifestant.e qui graffait. En solidarité le cortège vient au contact et fait reculer la ligne de GM. Pas d’arrestation mais en réponse, une salve de grenades lacrimogène. Après ce bref épisode, on improvise un die-in, des exilé.e.s s’amusent à faire des pompes devant les flics. La marche se poursuit vers la croisée des trams en s’engageant cours Olivier de Clisson pour rejoindre l’EHPAD comme annoncé à la conférence de presse du mercredi 28 Mars. Malheureusement, la préfecture a décidé d’être jusqu’au boutiste dans ses attaques. La CDI arrive en trombe, girophares allumés, et fait sortir ses petits soldats casqués, boucliers et matraque en main. Il suffit de peu de pas pour obtenir des tirs de lacrymos. La tête de cortège s’élance rue kervegan. Là c’est l’agressivité totale de la part des flics : les chiens sont lâchés. Le cortège est scindé. Dans la rue kervegan, le groupe avec le pied de biche géant subit une répression effrayante : charges de keufs des deux côtés, coups de matraque violents de la Bac, vidage de gazeuses à main dans un espace très restreint... Pendant ce temps le reste de la manifestation est gazé en abondance et repoussée vers Commerce. Rue Kervegan, les flics tentent de nous arracher les banderoles et finissent par nous confisquer le gigantesque pied de biche. La manifestation parviendra à se reformer pour repartir jusqu’à bouffay, où les forces du désordre nous demanderons la dispersion du cortège. Puisqu’il n’est pas possible de finir la manifestation là où elle aurait dû se terminer, il est décidé collectivement de se retrouver et partir par petit groupe à l’EPHAD.

16h30 : Tout ce petit monde finit par arriver à "la maison pour tout.e le monde". Deux immenses banderoles sont déployées sur les façades de l’ancienne maison de retraite. On signifie à la mairie et la préfecture notre envie de continuer à défendre ce lieu. On échange autour d’un goûter sur la journée, on s’attriste de la stratégie préfectorale qui consiste à maintenir une tension constante sur les manifestations qui se déroulent à Nantes depuis plusieurs mois afin que celles ci dégénèrent. On se compte aussi, et il manque un ami exilé. Il finit par arriver, suffoquant, boitant et déboussolé. Reprenant son souffle, il nous explique... Après avoir quitté la manifestation, il a été agressé par un homme (coups de poings au ventre) à Hôtel Dieu. En se défendant, quatre autres hommes cagoulés arrivent en voiture pour lui annoncer qu’il vient de frapper un policier. Il n’a pas le temps de réagir qu’il est embarqué dans une voiture. Il demande à voir un brassard ou une carte de police et ne verra rien. Facho ou BACeux, peu importe, les deux sont à condamner car les méthodes sont similaires. Un des agresseurs montre des photos et signifie à ses collègues qu’ils se sont trompés : ils n’ont pas chopé le gars qu’ils cherchaient. Tant qu’à être dans une voiture, il subit d’autres coups et un interrogatoire. Les fachos/BACeux montrent à notre copain exilé des photos de la manifestation et de l’occupation de certains de ses camarades exilés et lui demandent les noms de ces personnes ainsi que si elles ont des papiers. Celui ci refuse de participer au fichage et ne fournit aucun renseignement. Après quelques coups, il est sorti du véhicule et laissé grogui dans la rue.

Les personnes présentes devant le squat sont scandalisées par ces méthodes dignes de milices fascistes d’intimidation et d’interrogatoire violent. Alors qu’on en diffuse l’information aux soutiens et à la presse (qui titre : "pas de blessés"...), certain.e.s constatent que plusieurs voitures de la BAC sont garées aux abords de la rue Maurice Sibille. A défaut d’avoir réussi à percer le cortège qui a fait bloc, ils ont visiblement l’envie d’interpeller des individus en aval. Un petit groupe décide alors d’aller directement se renseigner auprès des agents de cette brigade. Un.e camarade : "c’est vous qui avez tabassé notre copain avant de le relâcher ?". Réponse du flic avec léger étonnement : "Aujourd’hui ?" et de surrenchérir avec un léger sourire : "Non, mais ça aurait pu".
Les esprits s’échauffent. Manifestant.e.s et policiers s’invectivent.
Après avoir donné un coup de portière à un.e manifestant.e, la voiture de police banalisée trace sa route sous les huées du petit groupe. Une voiture de BAC en moins. Fort.e.s du sentiment d’avoir repousé une unité, il est décidé de descendre jusqu’au bout de la rue pour faire dégager un second véhicule repéré. En nous voyant arrivé.e.s, la voiture, au lieu d’opérer un facile demi-tour et de quitter les lieux, poursuit la provocation en faisant une lente marche arrière. Pour accélérer leur départ, quelques camarades décident de courir vers eux. C’est alors que quatre agents sortent du même véhicule précédement mis en fuite, matraques télescopiques à la main, rapidement rejoints par leur collègues. Ils entament une brève charge, ponctuée d’un lancer de grenade désencerclante sans sommation en tir tendu sur le petit groupe désarmé, sans protection. "Alors on fait moins les malins !" nous lancent certains condés. Une manifestante à quelques centimètres de l’explosion se reçoit des éclats dans les jambes et le nez. A cette distance, c’est une chance de n’avoir que de légères égratignures.

Sous la menace du lanceur de balle de défense qui vise la foule et du niveau de violence imposé par la BAC, nous décidons de reculer. C’est alors que nous entendons déjà retentir des sirènes. La CDI rapplique par Chantiers Navals et remonte jusqu’à nous en bousculant violemment à terre un jeune homme qui marquait pacifiquement son refus de les laisser passer. Puis une compagnie de CRS débarque par la rue Flandres Dunkerque et bloque définitivement la circulation du quartier. Alors même que la manifestation est terminée, on comprend donc que tout un dispositif policier était encore en place et nous enserrait. Nous voilà à nouveau mis en cage, isolé.e.s, avec des milices prêtes à attaquer des manifestant.e.s se réunissant à proximité d’un lieu d’habitation autorisé par la mairie, tout ça avec la présence de l’helicoptère de la gendarmerie au dessus de nos têtes. Face à cette situation déplorable, on est plusieurs à décider de s’asseoir et discuter. On s’interroge : ne rien faire ? Rentrer dans l’Ehpad ? Une conviction : "la rue est à nous". Rapidement, un consensus émerge sur l’idée de tenir la rue et de ne pas céder aux brimades policières. Des coups de téléphone sont passés au cabinet de Johanna Rolland. On attend des nouvelles des discussions entre la Mairie de la ville de Nantes et La préfecture. Une demi-heure s’écoule, on attend en chantant face à la police... Il commence à y avoir du mouvement, les BACeux s’en vont les premiers suivie de près par la CDI. La joie revient, on s’approche de la ligne de CRS. La hiérarchie leur demande de relever le dispositif. Les forces du désordre se barrent enfin ! C’est la seconde fois que la flicaille repart du quartier sans broncher. On voit des scènes de liesse, les gens se congratulent et s’embrassent. Le rapport de force est de notre coté. La journée finit sur une bonne note malgrès la répréssion et les violences policières (deux interpellations sont à signaler).

Mais deux questions s’esquissent ? A quand la fin d’une police milice ? Quelles perspectives souhaite-t-on donner à cette journée du 31 Mars ? La solidarité ne doit pas s’arrêter à cette manifestation. Nous devons la faire perdurer dans le temps et l’espace.

De nos Squat à la ZAD, non aux expulsions !

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19 Mars AG !

AG des occupant.e.s et leurs soutiens lundi 19 Mars à 19h au 9 rue de Bréa, à l’EHPAD occupé.

Flash info, news du week end :

Marche des solidarités : "le racisme d’Etat tue" à Paris : 6000 personnes, vidéo

Rassemblement pour l’eau dans le lieu auto-réquisitionné par les exilés et contre le loi "asile et immigration à Angers : 300 personnes, vidéo

Nouvelle occupation de la CSP 75 et CSP 93 : 150 sans-papiers occupent la basilique saint-Denis !

Big-up les camarades !

11 Mars on s’organise

Depuis jeudi qu’on occupe le nouveau bâtiment, les choses s’organisent petit à petit : ménage, bouffe, réunions des habitant.e.s, déménagement et aménagement, commissions etc

Lundi on rencontre la mairie dans l’après-midi alors on convie tou.te.s nos soutiens à venir faire le point et discuter le soir même :

LUNDI 12, AG à 19H dans la salle commune de l’ephad de Bréa (9 rue Maurice Sibille- Tram 1 chantier naval)

Plus d’infos sur le FB du CRAN

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Le 23 janvier

Besoin urgents de :

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  • Tables, chaises, canapés, fauteuils...
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  • Petit déj : Thé, café, sucre, Pain, pain de mie, brioche, céréales, lait (de vache ou végétaux), jus de fruit, fruits, miel, gateaux, biscuits, chocolat, pâte à tartiner...

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